Catgorie « Atelier-écriture »

Ecrire un peu, beaucoup, à la folie…

Bonjour,

Je n’ai pas pris le temps d’écrire depuis… le mois de mars… signe d’une activité soutenue au Relais du Passe-Heures…

Mais activité soutenue ne veut pas dire manque de projets !
Et des projets, j’en ai.

Le premier, ouvrir le Relais du Passe-Heures à Christiane Wronski qui anime des ateliers d’écriture :
Alors, je vous propose une journée pour découvrir l’écriture.

Avez-vous envie d’écrire un peu, beaucoup, à la folie… ? et d’explorer ce plaisir d’écrire dans un espace de rencontre : un atelier d’écriture… ?

Venez découvrir
l’atelier d’écriture créative des “sept rivières”
animé par Christiane Wronski
selon vos disponibilités
soit le samedi 6 octobre
soit le dimanche 7 octobre
de 10 h à 13 h et de 14h à 17 h

Au Relais du Passe-Heures
à Cenans (70230) en Haute-Saône
03 84 68 30 05

Cette journée vous permettra de découvrir – de l’intérieur – la démarche de l’atelier d’écriture. Vous explorerez différentes pistes d’écriture. Vous irez à la rencontre du texte, du vôtre et de celui des autres. Vous rencontrerez Christiane Wronski, formée à l’animation d’ateliers d’écriture par Elisabeth Bing, pionnière de l’aventure des ateliers d’écriture en France depuis 1966. Elle vous introduira dans l’univers des ateliers d’écriture et vous éclairera sur les différentes approches et pratiques de ce “nouveau monde”…

Participation à cette journée découverte : 10 € – l’inscription préalable est nécessaire, le nombre de places, dans un souci de qualité, étant limité à 8 participants.

A la suite de ces journées découvertes, un atelier d’écriture sera mis en place au Relais du Passe-Heures, à raison d’une séance tous les quinze jours, hors vacances scolaires, pour tout ceux qui seront tentés par l’aventure.

Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire dont vous pourrez avoir besoin.

PS : Les cigognes ont passé une bonne saison, ont élevé deux cigogneaux et sont reparties pour des cieux plus méridionaux à la fin du mois d’août. Allez, juste deux saisons à passer, l’automne et l’hiver, et elles reviennent !

Il y a une semaine, Marie-Odile est passée à Cenans

et quand je dis passée…  comme une femme d’affaire toujours sous pression, elle est restée 24 heures montre en main !

Je peux vous dire que pendant ces 24 heures, nous avons beaucoup, beaucoup parlé…

Entre autre d’atelier d’écriture.

Et voilà que tout à coup, ma main me démange et ne se calme qu’un crayon à la main. Un bon crayon de papier dans la main droite, ni trop sec, ni trop gras, du genre HB, une bonne gomme qui ne fait pas de traces… éventuellement un clavier, mais ce n’est pas la même sensation ni la même concentration, et voilà le tour est joué.

PS : La prochaine fois, Marie-Odile, tu pourrais pas rester plus longtemps ? Avec Bruno, prévoyez ça pour bientôt dans vos agendas surchargés !!!

Le brouillard

Allez, un petit “atelier d’écriture”

Le brouillard

Ce matin, le brouillard recouvrait la campagne.

Alors, j’ai pris mon temps.
Remettre des bûches dans la chaudière, prendre un café bien chaud, faire griller du pain.
Dehors, il faisait froid et humide, et encore un peu sombre.
Ouvrir l’ordinateur – pas de nouveaux mails depuis hier soir. D’ailleurs, hier, rien d’intéressant à mon goût…
Ouvrir les volets.
Et bien couverte, partir se balader avec Caramelle.
Chaque matin, la promenade est différente et pourtant je foule toujours le même chemin.
Je vais au pont, le traverse et continue le chemin vers Gesans. J’y suis bien souvent seule.

Ce matin, je marchais dans du coton.
Les sons environnants m’arrivaient assourdis. Le brouillard voilait le paysage. L’humidité décorait de gouttelettes claires les toiles d’araignées.

Un monde en noir et blanc.

Le soleil aurait aimé percé mais n’y parvenait pas.

Je suis rentrée à la maison, dans ma maison-cocon.
Le temps de vaquer, ranger, écrire, téléphoner – la matinée est passée.

A midi, tout a coup, je me suis aperçue que le soleil était revenu.
Fini le monde en noir et blanc ! La couleur bleu du ciel, verte de l’herbe, rousse des feuilles m’enchante.

Dis,
Ce sera toujours comme ça ?
Après le brouillard, le soleil ?
Après la pluie, le beau temps ?
Après le malheur, le bonheur ?

Pour Marie-Jeanne, la rencontre avec la petite fille qu’elle a été a donné ce beau texte :

Une petite voix surgit du jardin :
« Madame, poussez la porte très fort ! » La vieille dame parvient enfin à ouvrir la grille et à pénétrer dans le jardin. Une petite fille se balance au portique planté au beau milieu du jardin. En s’approchant, la vieille dame reconnaît  la chevelure abondante et crépue, les boucles, les yeux gris bleus, l’air décidé : c’est elle…
« Tu veux que je te pousse ? »
– Oh oui !
Et la petite fille s’élance de plus en plus haut et rit de plus en plus fort. « Vous voulez voir maman, elle est dans la maison » Non, la vieille dame ne veut pas voir sa mère.

Elle voulait dire à la petite fille que…

«Je connais cette maison. J’y ai habité quand j’avais ton âge.
– Et alors, elle était comment ?
– Comme maintenant.  Avec son jardin de fleurs devant et son potager derrière.
– Vous jouiez de l’harmonium ? Il y a l’harmonium de mon grand-père dans la salle à manger
– Est-ce que tu en joues, toi ?
– Oh non, je ne sais pas. Je sais juste faire marcher les soufflets avec mes pieds et appuyer sur n’importe quelles touches pour faire de la musique, mais maman dit que je lui casse les oreilles
– Alors, moi non plus, je ne savais sûrement pas
– Vous savez ce qu’elle nous fait de bon, Betti ?
– Je sais…Oh oui ! Des profiteroles au chocolat, remplies de crème au goût de paradis, comme le rappelle toujours ton père. »
La petite fille saute de la balançoire presqu’en plein vol et regarde la vieille dame avec amusement et incrédulité.
« Venez, il y en a dans la pièce fraîche à côté de la cuisine. Plein un plat. Venez, regardez. Prenez en une. Betti les a faites ce matin, très tôt, avant que nous nous levions. C’était pour le dessert. Il en reste…Goûtez. »

Le temps est suspendu… La vieille dame voudrait dire à la petite fille que…

« Tu n’es pas à l’école ?
– Mais non, c’est jeudi, vous ne savez pas ?
– J’ai oublié…depuis si longtemps….
– Vous savez qui m’emmène à l’école ?
– C’est Sussu, tu l’aimes bien. Dimanche elle t’a donné une belle image de sa Première Communion. Tu vas aller te baigner dans la rivière, te promener à la chènevière  aujourd’hui?
– Comment vous devinez tout ça ?
– Parce que, dans la chènevière, j’y ai passé tant d’après-midi d’été. On nous interdisait de jouer dans le potager pour que nous ne risquions pas de piétiner les rangées de légumes et nous allions dans la chènevière quand nous étions las de jouer dans le jardinet devant la maison.
– A moi aussi on m’interdit d’aller jouer à la cachette dans le potager. La chènevière, c’est tout près d’ici. Venez y jouer à l’attrape avec moi, faire des galipettes dans l’herbe, le pré est en pente, on roule à toute allure et ça fait crier tata parce que on salit nos habits…
– Oh non ! J’ai bien trop peur ; je m’égratignais toujours les genoux et les jambes à ce jeu.
– Vous n’aimeriez pas aller vous baigner dans la rivière ? L’eau est froide, mais c’est rigolo, on fait peur aux poissons. » La vieille dame se souvient que l’eau la glaçait délicieusement.

Elle voudrait encore dire à la petite fille que…

« Tu n’aimerais pas découvrir une autre rivière que la Saône ?
– Oh non ! Je n’aime pas la géographie. Je m’embrouille dans les noms de fleuves et de rivières, et puis vous savez, avec les affluents, les confluents… Je me fais gronder parce que je mélange tout
– Pourtant tu vas découvrir la Loire et tu n’oublieras jamais cet étonnement.
– La Loire….Mais elle est loin ? Comment je vais y aller ?
– Regarde cette photo. La grille de ta maison est cadenassée, la porte d’entrée et les volets sont clos. Tu es partie avec tous les tiens.
– Mais je vais revenir, on ferme quelquefois la maison quand on va voir mes cousins, ma grand-tante. Mais on revient, ici c’est chez moi, on ne peut pas s’en aller »

La vieille dame voudrait expliquer à la petite fille que…

« Regarde cette autre photo, c’est un volcan.
– Un volcan ? Mais… il ne crache pas de feu…
– Les volcans d’Auvergne sont éteints depuis des millions d’années
– Ah oui, ça, je sais. Ils sont couverts de jolies prairies. Vous savez, le Mont Blanc, j’ai une photo dans mon livre ; il est couvert de neige, même en été tellement il y fait froid. Je voudrais que papa m’emmène voir les neiges éternelles.  Mais on reviendra. »

La vieille dame voudrait s’écrier que…

La voix à la TSF annonce :
« Les Allemands sont à Sedan »

La vieille dame se tait et regarde intensément la petite fille qui va oublier sa maison, son jardin, son école, la rivière, la chènevière, Sussu, la vieille Betti…. Elle la laisse toute à la joie enfantine et innocente qu’elle va éprouver de traverser la France, de découvrir la Loire, les volcans d’Auvergne, le merveilleux été dans une ferme du Puy de Dôme, puis d’habiter cette ville thermale à l’immense parc doré par automne, de baptiser un nouveau petit frère, d’aller dans une école vraiment pas comme les autres écoles, très haut perchée, sur les remparts : il faut monter 90 marches pour y arriver…

La voix à la TSF résonne encore :
« Les Allemands sont à Sedan …  »

Il faut fuir. On se hâte. On remplit le coffre de la voiture. On ferme les volets, la porte. On cadenasse la grille. On y est. On démarre. On s’en va.

On ne reviendra jamais.

La petite fille ne sait pas encore qu’elle vient de laisser sa petite enfance à la porte de cette maison.

La vieille dame, elle, savait…. Elle aurait voulu dire à la petite fille que…

Lait caramel-pincettes

Les enfants ont grandi. Ils sont partis mais reviennent régulièrement, souvents ou moins souvent, seuls ou accompagnés. Mais quand nous arrivons à nous réunir tous ensemble, nous aimons nous retrouver à partager un moment de calme autour de la cheminée, chacun avec un livre.

Dans le temps, la pièce de la cheminée était la pièce chaude de la maison. Et nous avions tendance à nous y regrouper pour profiter du crépitement du feu. Tout comme à la génération précédente les familles se regroupaient autour de la lampe à pétrole pour partager la lumière, nous nous rassemblions autour de la cheminée pour partager la chaleur.
C’était le temps où il n’y avait pas de télévision à la maison et notre attention n’était pas dispersée par les intrus de la lucarne magique.
C’était un temps de vacances où il faisait bon prendre son temps.

Autour de cette cheminée,  chaque soir, nous nous préparions un lait caramel-pincettes avant d’aller nous coucher.
Une tradition qui nous venait de Francis, le parrain de notre troisième fils. Il l’avait recueilli, enfant, chez ses parents qui habitaient au fond d’une vallée des Pyrénées, aux Eaux-Chaudes. Francis était issu d’une famille nombreuse et son père, douanier, ne roulait pas sur l’or. Alors chaque douceur, chaque “amélioration de l’ordinaire” était la bienvenue. Et le dimanche soir, sa mère leur préparait ce fameux lait caramel-pincettes. Francis nous a partagé cette recette un soir où il nous accueillait en famille. La voici :

Tout d’abord, réunir les enfants autour d’un feu de cheminée et leur demander d’être bien sages. Puis apporter autant de bols que d’enfants. Mettre à la braise du feu une ou deux pinces à bois. Prendre son temps. Expliquer que le feu brûle. Quand les pinces commencent à être bien rouge, apporter de la cuisine une casserole de lait bien chaud et mousseux. Verser le lait dans les bols. Prendre ensuite très rapidement un sucre en morceau avec la pince chaude et le tenir au dessus d’un bol. A la chaleur de la pince, le sucre caramélise et fond dans le lait. Remettre la pince à chauffer et recommencer autant de fois qu’il y a de bols…
C’est si simple de faire plaisir…

Encore maintenant, jeunes adultes, les enfants s’arrangent toujours pour recréer les conditions d’une soirée d’avant : un feu, pas de télé, chacun avec un livre et un lait caramel-pincettes.
Magie du geste partagé, simplicité des choses, bruits mythiques du crépitement du feu, du grésillement du caramel qui fond, odeur de lait chaud, odeur du sucre qui grille, du bois qui brûle. Rappel que parfois, des petits riens nous apportent plus que la sophistication promise par notre monde moderne et que le principal, c’est de pouvoir se réunir, heureux d’être ensemble, heureux de prendre le temps et de faire une pause avant de repartir vers le tourbillon de la vie.

Atelier d’écriture chez Christiane

Je traverse le jardin public. Les oiseaux chantent. Le soleil joue avec la frondaison des grands arbres. Les enfants crient, rient, pleurent…
L’air est léger, comme insouciant du temps qui passe.

Dans cet endroit, l’agitation du monde extérieur s’est arrêtée au portillon d’entrée. Ce portillon métallique, un peu rouillé, que l’on pousse et qui claque dans votre dos. Il sert à empêcher les petits de s’éloigner de trop, mais il est trop bas, avec sa barrière attenante pour empêcher les ballons de se sauver.
Et ce qui devait arriver arrive, je vois un ballon passer en hauteur, devant moi, et atterrir dans la rue. Derrière court une petite bonne femme de 6 ou 7 ans. Elle est rouge et échevelée. Sa jupe est maculée de la boue que le ballon a projeté en tombant dans une flaque. Elle s’arrête devant moi en regardant le portillon et le ballon.
Pour moi, c’est un choc. Je la connais, cette petite fille. Je la connais bien et je sais à l’avance ce qu’elle va me dire. C’est effrayant.
Cette petite fille, c’est moi. Moi, mais il y a 50 ans.
Je me pince et me raisonne. C’est sûrement un sosie.
Alors, elle tourne les yeux vers moi, me regarde avec insistance et parle. “Anne, tu le sais, Maman ne veut pas que je sorte du jardin. Mais là, tu vois, c’est mon ballon. Toi, maintenant, tu es grande, tu peux aller le chercher. Tu veux bien, dis ?”
Je reste bouche bée.
Je la regarde. Elle est volontaire, un rien effrontée et frisée. Il n’y a aucun doute, c’est moi.
Je lui demande : “Me connais-tu ? Comment connais-tu mon nom ?”  Elle rit d’un rire perlé et léger. “Je ne sais pas, mais tu es Anne, non ? Dis, va me le chercher. Je vais encore me faire disputer. Tout ça à cause de ce grand benêt qui l’a fait exprès. Si je perds mon ballon, on me dira “tant pis pour toi, tu n’avais qu’à faire attention à tes affaires” et si je vais le chercher, on me punira pour avoir désobéi. Alors, s’il te plait, va le chercher.”

J’obtempère, franchis le portillon dans l’autre sens et rapporte le ballon dans le jardin. “Comment t’appelles-tu ?” demandais-je à la petite fille en lui rendant son ballon. Elle me regarde d’un air étonné. “Tu ne sais pas ? Ben Anne, comme toi.”‘ Et elle repart en courant, poussant le ballon du pied vers le centre du jardin.

Je reste abasourdie et étonnée. Au bout de quelques minutes, pour en avoir le coeur net, je me dirige vers le centre du jardin. Je vois des enfants. Ils jouent, les uns à la marelle, les autres sur le toboggan. Quelques garçons se font des passes avec le ballon que j’ai été chercher.
Mais de Anne, point.
Petite fille fugace ou vision furtive. Je reste dans l’expectative. Ai-je rêvé ou me suis-je réellement rencontrée ?

20 mars 2009

Depuis bientôt deux ans, je rejoins régulièrement l’atelier d’écriture animé par Christiane Wronksi à Bonnay. Rares sont les absents…
En fait, si pendant ma scolarité, il m’arrivait de rechigner à rédiger un devoir, là, quand je suis retenue ou absente, je me désole de ne pas pouvoir me creuser les méninges à pondre des textes avec tout le groupe de l’atelier !

Hier après-midi, Christiane nous avait concocté un bon programme, comme à son habitude.

La première proposition était un exercice sur la mémoire : les voix de notre enfance, les souvenirs qui y sont attachés. Deux des textes lus m’ont touchée et fait sourire. Celui de Nathalie entre autre.
La deuxième proposition était un exercice sur l’imaginaire, mais un imaginaire qui rejoindrait la mémoire. Sujet : rencontre avec la petite fille que j’ai été.
Alors, je vous ai proposé mon texte. J’aimerai aussi pouvoir vous faire lire celui de Marie-Jeanne qui m’a beaucoup émue.

Vous  pourrez peut-être bientôt lire d’autres textes, avec l’accord de leurs écrivains…

Christiane anime plusieurs ateliers d’écriture. A Vesoul, au Croquant de Verne : un salon de thé-bouquiniste situé 3 place du Grand Puits. Les biscuits y sont fort bon et j’ai bon souvenir du thé original que j’y ai pris. Ou à Bonnay, Fondremand, Ornans et Paris.

Christiane Wronski – Atelier d’écriture des sept rivières : 03 81 57 84 09